Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

« Elle pleure pour un rien », « Elle prend trop les choses à coeur », « Il rêve tout le temps », autant de phrases entendues pour tenter d’expliquer des attitudes ou des réactions qui semblent incompréhensibles à la majorité des personnes.
Mais bien souvent cela relève de ce qu’on appelle l’hypersensibilité.

Si l’on en croit Elaine Aaron, psychologue et chercheuse en psychologie américaine, reconnue comme l’une des spécialistes de l’hypersensibilité, il s’agirait d’un trait de caractère (et non d’une pathologie) reflétant une sensibilité plus forte que la moyenne. Saverio Tomasela, psychanaliste et docteur en psychopathologie, parle plutôt de « tempérament ».

Cela revient à dire que cette caractéristique n’est pas acquise au cours de la vie mais innée.

Un fonctionnement différent

De plus en plus d’études tendent à montrer que les hypersensibles ont souvent un haut potentiel intellectuel, ces deux particularités fonctionnant de concert.

Cela ne veut pas dire que tous les hypersensibles sont précoces mais que la plupart des précoces, eux, sont hypersensibles. (et non pas tous, comme on l’a longtemps pensé).

En effet, leur très grande empathie les amène à ressentir ce que vivent les autres, à le comprendre et à en ressentir les effets. Grâce aux neurosciences, nous savons aujourd’hui qu’une quantité plus importante de neurones miroir explique ce phénomène.

Une remarque ou un reproche anodin aura un impact cent fois supérieur chez la personne hypersensible, comme si toute sa personne et sa valeur étaient remises en cause subitement. Il lui faudra alors plusieurs heures, plusieurs jours pour s’en remettre. Et cela est très dur à comprendre pour  ceux qui ne sont pas  hypersensibles.

Imaginez- vous que se produit, à ce moment là, une sorte de cataclysme intérieur : votre cœur s’affole, vous tremblez et avez envie de vous cacher sous terre. Et cela pour des événements qui sont anodins aux yeux du commun des mortels.

C’est aussi pour cela que les relations sociales peuvent être compliquées : il est plus facile, plus protecteur de couper l’interaction de façon définitive si elle  fait ou a fait souffrir.

Cependant, être hypersensible ne repose pas uniquement sur les émotions.

Hypersensibilité
Des caractéristiques précises : 

Elaine Aaron distingue quatre éléments qui vont caractériser l’hypersensibilité :

  • Une perception très fine de l’environnement : les personnes hypersensibles vont percevoir des détails que la grande majorité des personnes ne verraient pas : un détail dans un film comme une mouche sur la fenêtre derrière le personnage principal par exemple.
  • Une réactivité émotionnelle très forte : la personne est submergée par ses émotions et ne peut les contenir, d’où les fameux «  elle pleure au moindre mot de travers » etc…
  • Le fait de traiter profondément l’information :  c’est-à-dire le besoin d’analyser tous les tenants et aboutissants, toutes les conséquences et implications d’une donnée avant de pouvoir se mettre en action. Et ils sont très forts à ce jeu-là, percevant parfois des conséquences à long terme auxquelles personne n’aurait pensé
  • Des sens en alerte permanents et des réactions plus fortes aux diverses perceptions.
    Sur ce point je pense que nous devrions davantage parler d’hyper sensorialité. En effet il ne s’agit plus des émotions mais de la perception de notre environnement : bruits, odeurs, images… Elaine Aaron ne fait pas ce distingo. Une personne hypersensible peut se sentir mal physiquement dans des lieux bruyants et surchargés en informations sensorielles.
    L’exemple le plus frappant est le supermarché : musique, bruits des chariots, des conversations, cris, odeurs multiples, couleurs, linéaires qui n’en finissent pas peuvent conduire certains au bord du malaise.

Malheureusement le monde dans lequel nous vivons offre de nombreuses embûches aux personnes hypersensibles et il est à déplorer que la dépression les touche plus fortement.

Le monde du travail, notamment celui de l’entreprise et sa course effrénée au rendement, à la productivité avec des méthodes managériales peu enclines à l’humanité et à l’empathie peut être un lieu de grande souffrance pour l’hypersensible.

Même si certains parviennent à se forger une carapace au fil du temps, cette particularité est, rappelons-le, innée et ne peut être totalement masquée.

Les thérapies comportementales (gelstat) peuvent être un outil d’amélioration mais la vraie question à se poser est celle de la société dans laquelle nous vivons.

Les hypersensibles sont souvent très créatifs et à l’écoute et mériteraient que l’on prenne le temps de les respecter et de leur donner la place qu’ils méritent !

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