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L’impact des troubles « Dys » dans les apprentissages par le Dr Mazeau

18/03/2021 | À l'école, à l'université, Autour des TND

Décryptage du webinaire du Dr docteur Michèle Mazeau, spécialisée en Médecine Physique et de Réadaptation (MPR) et en troubles neurodéveloppementaux (TND). Une conférence organisée par la FFDYS (Fédération Française des Dys) le 23 février 2021, avec comme sujet : L’impact des troubles « dys » dans les apprentissages.

Les TND englobent les troubles dits « dys ». Ces troubles sont plus que de simples difficultés d’apprentissages car ils ont une base cérébrale. Si ces troubles ne sont pas pris en compte, ils entraînent des situations de double tâche, une lenteur et une fatigabilité impactant les apprentissages scolaires. Mais ces troubles « dys » peuvent être compensés à l’école avec du matériel adapté et en s’appuyant sur les forces dont disposent ces enfants « dys » pour leur permettre de réussir.

Quels sont les TND et plus spécifiquement les troubles « dys » selon le docteur Mazeau ?

Le docteur Michèle Mazeau catégorise les Troubles du NeuroDéveloppement (TND) en trois familles (qui diffèrent des classifications internationales reconnues) :

  • (1) la déficience intellectuelle,
  • (2) les troubles du spectre de l’autisme
  • (3) les troubles des apprentissages dits « dys » (dyslexie, dyscalculie, dysorthographie, dyspraxie, dysgraphie, TDA/H et dysphasie).

Les TND résultent de fonctionnements cérébraux atypiques liées à l’organisation cérébrale de l’enfant qui est elle-même atypique. Le cerveau se développe donc d’emblée avec cette particularité qui sera définitive. Les deux premières familles vont avoir un impact sur la globalité du fonctionnement de l’enfant, et la dernière sera spécifique, c’est à dire ne touchera qu’une seule capacité cognitive. Pour cette capacité cognitive, les conséquences du trouble neurologique se répercuteront dans les apprentissages scolaires. Cette troisième catégorie est celle qui va nous intéresser tout au long de cet article.

Quelle est la différence entre difficulté et trouble des apprentissages ?

Le docteur Mazeau insiste fortement sur ces définitions. Ainsi tout le monde au cours de ses apprentissages va rencontrer des difficultés. Le docteur Mazeau les décrit comme « banales », normales. Pour pouvoir estimer une difficulté ou un trouble, il va falloir comparer les performances à la norme dans un domaine ou un apprentissage particulier. Cette norme est dépendante de l’âge de l’enfant. Effectivement les attendus d’un enfant de 5 ans ne sont pas les même que ceux d’un enfant de 10 ans. Ainsi, en comparant les performances d’un enfant par rapport à ce qui est attendu pour son âge, avec toujours une fourchette, nous pouvons obtenir un écart à la norme.

Qu’est-ce qu’une difficulté d’apprentissage ?

Dans le cas de difficultés dans les apprentissages (par exemple dans la lecture), l’écart à la norme va diminuer au fil du temps. Ainsi, si l’on reprend l’exemple de la lecture et que l’on s’intéresse à une de ses caractéristiques comme la fluence verbale (c’est-à-dire la performance en fluidité, clarté et rapidité de lecture), un enfant avec des difficultés aura un écart à la norme au début de l’apprentissage qui pourra être important. Mais avec un travail spécifique et un renforcement pédagogique pendant plusieurs mois, l’écart à la norme va diminuer au fil du temps et pourra même disparaître.

Image fille qui réfléchit

Qu’est ce qu’un trouble des apprentissages sur un exemple comme la lecture ?

Dans le cas d’un trouble, il y a bien un dysfonctionnement, un fonctionnement neurologique anormal qui va entrainer un écart à la norme en début d’apprentissage tout comme pour la difficulté. Mais dans le cas d’un trouble, les progrès seront lents et l’écart va se creuser. Par exempe, si nous reprenons le cas de la fluence (vitesse de lecture), au début de l’apprentissage et comparativement aux performances des autres enfants du même âge, l’écart à la norme sera important. Cependant, malgré la mise en place d’un accompagnement personnalisé avec un renforcement pédagogique, cet écart à la norme pourra augmenter au fil du temps plutôt que de s’estomper.

Bien évidemment l’enfant va progresser en rapidité de lecture, mais les autres enfants aussi et malgré les progrès, la difficulté en lecture va persister et sera durable car c’est un trouble avec un fondement neuroanatomique et non pas une difficulté qui peut se résorber dans le temps. Le trouble est immuable, mais pour autant des progrès et des apprentissages sont possibles. Cependant l’écart avec les autres enfants du même âge sera toujours trop important. Pour permettre une évolution des compétences et ainsi permettre d’optimiser l’apprentissage, une prise en charge individualisée et spécialisée, comme chez l’orthophoniste par exemple, est indispensable.

Tous les troubles neurodéveloppementaux se situant dans la catégorie des « dys » vont rencontrer des obstacles communs : double tâche, fatigabilité, lenteur. Ensuite, en fonction de l’activité et du type de troubles, les répercussions scolaires peuvent varier. Par exemple un dyslexique sera gêné en lecture, pour un dysgraphique, c’est l’écriture qui sera problématique.

Qu’est-ce que la double tâche ?

Terme souvent utilisé, rarement expliqué, mais qu’est-ce donc cette double tâche ? Le Dr. Mazeau précise que cette difficulté en double tâche est ce qui va se diffuser dans tous les domaines scolaires et qui peut conduire à un échec scolaire. L’échec scolaire sera l’aboutissement d’un retard qui s’installe de manière silencieuse et progressive au fil des ans par un cumul de difficultés scolaires globales. Il est donc important de repérer ces situations de double tâche pour pouvoir accompagner l’enfant durant toute sa scolarité.

Effectivement, nous disposons tous de ressources cognitives qui sont limitées et nous ne pouvons donc pas faire plus que nos capacités. Prenez par exemple la voiture sans permis : son moteur dispose d’une puissance limitée ne permettant pas de rouler à 90km/h. Vous pourrez appuyer sur l’accélérateur aussi fort que possible, mettre des additifs dans l’essence, changer l’aérodynamisme de la carrosserie, cela ne fera pas rouler la voiture plus vite. Son stock de puissance, sa réserve de puissance ne permet pas d’aller plus vite. Pour le fonctionnement du cerveau, c’est la même chose. Nous avons des ressources limitées et nous ne pouvons pas en utiliser plus que celles dont nous disposons.

Quel est l’impact de la double tâche dans les apprentissages scolaires ?

En classe, il y a toujours une tâche cible (par exemple conjuguer au passé composé) qui implique des tâches secondaires (lire le texte, comprendre le texte, chercher le sujet du verbe, écrire la réponse…). Ces tâches dites secondaires sont automatisées chez la plupart des élèves et ainsi ne nécessitent qu’une infime partie des ressources cognitives, ce qui permet à la tâche cible d’utiliser plus de ressources. Or, chez les élèves porteurs de troubles « dys », ces tâches secondaires ne peuvent pas être automatisées. Elles utilisent donc une grande partie des ressources qui devraient se mettre au service de la tâche cible.

Ainsi, pour permettre à l’élève de réussir la tâche cible (car il en a les capacités), il faut le soulager des tâches secondaires. Si nous reprenons l’exemple de l’exercice de conjugaison : Au lieu de demander à un élève dysgraphique de recopier toute la phrase avec le verbe à conjuguer au passé composé, on peut lui mettre à disposition un texte à trous, ou lui demander d’écrire seulement le verbe conjugué, ou lui permettre d’utiliser des outils numériques adaptés pour lui soulager l’écrit et lui permettre d’utiliser ses ressources remplir l’objectif de l’exercice. Le docteur Mazeau précise que « pour que l’enfant réalise la tâche, dont il est capable, il faut le soulager de la sous-tâche DYSfonctionnante en adaptant, aménageant ou compensant, car cela permet l’apprentissage visé ».

Qu’est-ce que la fatigabilité, troisième facteur des troubles « dys » impactant la scolarité ?

Cela peut paraître évident mais le rappeler ne fait pas de mal. Les situations de double tâche entrainent une lenteur qui elle-même entraine une fatigue, qui va elle-même entrainer de la lenteur, etc. Tout est lié et chaque composante va avoir des répercussions sur les autres et vont engendrer des progrès dans les apprentissages plus lents que ceux attendus.

image enfant assis lecture

Quelles adaptations ou compensations peuvent-être utiles en classe pour les enfants avec troubles « dys »?

Michèle Mazeau précise que « l’école n’est pas le lieu de la rééducation mais bien des apprentissages pour tous ». Ainsi l’école doit permettre les apprentissages et pour cela des adaptations et compensations sont nécessaires pour les élèves avec un trouble des apprentissages. Ainsi, en classe, il faut veiller à bien réfléchir à quelle est la tâche recherchée, la tâche cible, et quelles sont les tâches annexes impliquées dans la réalisation de la tâche cible.

Ainsi, dans le cas de la dyslexie, si la tâche cible n’est pas la lecture, il faut essayer de soulager le plus possible cette lecture. Dans un premier temps, on pourra proposer des adaptations : adapter les polices d’écriture, les espacements, colorer les syllabes, etc. On pourra également se tourner vers des outils de compensation qui permettent de contourner le trouble (par exemple un texte qui peut être lu par une synthèse vocale).

Dans le cadre d’une dysgraphie, il faut se poser la question de l’intérêt de faire copier toute une phrase ou un texte. Est-ce qu’un texte à trou ne serait pas plus pertinent. Il existe également de nombreux outils numériques qui permettent de passer par une écriture à l’ordinateur et non manuelle.

Dans ce sens, le docteur Mazeau précise qu’il faut faire attention à ce qu’on appelle les troubles « multi-dys » car ils sont parfois la résultante d’un trouble d’un apprentissage qui se diffuse progressivement dans d’autres domaines s’il n’est pas bien compensé et qui s’installe progressivement au fil des ans. D’où l’importance de la prise en compte précoce de ces troubles, en les distinguant des difficultés scolaires. Cela implique un bon repérage précoce pour une bonne orientation.

Se servir et s’appuyer sur les forces présentes chez tous ces enfants !

Docteur Mazeau insiste fortement sur le fait qu’il « faut utiliser et même sur-utiliser les fonctions préservées ». Car dans le cas de troubles des apprentissages, seule une, ou deux fonctions sont touchées alors que les autres sont intègres. Et surtout il faut discuter, échanger avec les enfants sur leurs capacités et leurs limites qu’ils connaissent. Car ces enfants sont tous très motivés, il faut pouvoir les laisser faire mais compenser dès que leurs limites sont atteintes et avant que les conséquences déjà citées apparaissent. Ainsi, un enfant dysgraphique a le droit d’écrire manuellement s’il le souhaite. Cependant, il ne le fera peut être que pendant 10 minutes tous les jours. Ce sont des contrats à passer avec les enfants qui sont les principaux acteurs dans leurs situations de handicap.

Retrouvez le replay du webinaire complet sur la chaîne YouTube de la Canotech.

Article par l’équipe Kardi

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